Le superflu des riches devrait servir pour le nécessaire des pauvres, mais tout au contraire, le nécessaire des pauvres sert pour le superflu des riches” Jean DOMAT, Jurisconsulte
Que faire pour réduire les déficits abyssaux? Que faire pour dégraisser les mammouths de la République ? A quel bastion, le politique devait-il courageusement s’attaquer?
A quels profiteurs, usurpateurs, “trop bien lotis” faire sentir l’impérieuse autorité de l’Etat?
Depuis longtemps, ils rêvaient de les défier du haut de l’Hémicycle : les sans-papiers malades.
Des amendements déposés dans le cadre de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale s’attaquent à la vieille Dame née en 1893, l’Aide Médicale D’Etat (AME).
Il s’agissait dans le pays des droits de l’Homme (quand ce pays là existait autrement que dans les livres illustrés d’Epinal) de permettre à toute personne sans ressource et résidant en France d’être soignée gratuitement.
En pratique depuis la création de la couverture maladie universelle en 1999, l’AME concerne exclusivement les personnes étrangères “en situation irrégulière”.
Les démarches sont longues et difficiles pour l’obtenir d’autant qu’elles se font la peur au ventre des contrôles de police qui patrouillent devant les Associations d’aide.
Les conditions d’obtention de l’AME sont strictes et il est particulièrement difficile d’y répondre :
– Prouver que l’on vit sur le territoire français depuis au moins trois mois;
– Gagner moins de 634 euros mensuels.
Beaucoup de ceux qui pourraient y prétendre renoncent ou reportent à plus tard. Les résultats catastrophiques sont pointés du doigt par les Associations et les médecins: retard dans les soins, des freins à la prévention, à la vaccination…
Les Députés n’ont pourtant pas hésité à voter l’instauration d’une taxe de 30 euros et à limiter le panier des soins pris en charge par l’AME. Et comme si cela ne suffisait pas, la notion d’ayants droits est restreinte aux conjoints et enfants.
Au-delà de l’offense morale et de l’abandon de toute idée de fraternité, ces mesures pourraient avoir des incidences dramatiques en termes de santé publique.
Des médecins rappellent que des personnes qui souffrent de maladies comme la tuberculose parce qu’elle vit dans des conditions précaires, contaminent entre 10 et 20 personnes par an…
Ces mesures sont de surcroît contre-productives puisque les patients attendront le dernier moment pour se faire soigner, et les traitements souvent très lourds coûteront plus chers car ils exigeront un accès au plateau technique hospitalier et non plus une simple prise en charge ambulatoire.
Abandonnons l’être humain pour se concentrer sur les finances.
Le coût total de l’AME pour 2010 serait de 478 millions d’euros selon l’observatoire du droit à la santé. Médecins du Monde souligne qu’il représente environ 0,3% du Budget de la sécurité sociale.
On rappellera incidemment qu’en 2008, le bouclier fiscal a coûté à la collectivité 458 millions d’euros (Données de l’Observatoire des inégalités).
On annonce que le forfait de 30 euros (somme dissuasive pour nombre de familles éligibles à l’AME dont le revenu maximum est de 634 euros) permettra de réaliser une économie de 6 millions d’euros, soit une goutte d’eau (1, 25% du budget de l’AME) mais accentuera encore un peu plus l’isolement et la précarité.
A quel prix l’Etat doit-il perdre son AME?
La Baleine
PS de l’Ornithorynque : La mesure est d’autant plus jésuite que l’aggravation de l’état de santé de ces populations conduira nécessairement, un jour ou l’autre, à la prise en charge des êtres humains concernés par les services d’urgences des établissements (publics !) de santé qui sont, on le sait, très souvent débordés. Que ces hôpitaux devront assumer les coûts des soins aggravés par les retards apportés à ceux-ci et que, en l’absence de couverture systématique et intégrale par les MIG (financés par qui ces MIG ?), la prise en charge se traduira par des créances irrécouvrables qui continuent d’asphyxier nombre d’hôpitaux. Créances qu’il faudra bien éponger un jour (sur quels fonds ?). A moins que la prochaine mesure du même tonneau ne consiste à interdire l’entrée des hôpitaux aux personnes démunies d’une carte d’identité (Schengen ?) ou d’un permis de séjour en bonne et due forme. Ah ! oui, mais il faudrait aussi revoir alors le code de déontologie médicale et certainement le code pénal…

