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Maux comptent triple

Pour l’observateur désormais serein que je suis devenu, après les rudes soubresauts vécus de la geste hospitalière de ces derniers siècles, l’actuelle phase que traverse le système sanitaire français n’est pas sans surprendre…

Quelques caractéristiques bien spécifiques peuvent ainsi être relevées :

– L’agitation des acteurs concernés, dans un maelström suffisamment entretenu pour envisager paisiblement une tempête d’ampleur centennale : émulsion juridique ministérielle à jet continu, interrogations existentielles des managers hospitaliers publics, troubles syndicaux, prise de conscience nouvelle par les élus des faiblesses actuelles…

– La dénudation du système « à la française » : détricotage des missions de service public, réduction accélérée de la contribution du régime d’assurance maladie obligatoire dans les remboursements de soins, étatisation progressive et sclérosante de l’hospitalisation publique…

– La déambulation furieuse des professionnels : celle des médecins de campagne vers les villes, celle des praticiens hospitaliers vers les structures privées, celle des non médicaux dans les rues, au gré des manifestations dont le retour printanier ne devrait guère tarder…

– L’imitation de cris d’animaux : les cris d’orfraie des professionnels de santé touchés dans leurs droits acquis, les grognements des laboratoires pharmaceutiques rattrapés par leurs propres excès, les jacassements des pouvoirs publics plus prompts aux paroles qu’aux actes…

– Le bain de neige, qu’un hiver peu hospitalier a réservé exceptionnellement à tous, sans distinction.

Aussi étonnant que cela puisse vous sembler, ce spectacle théâtral, qui fait partie de notre quotidien, porte un nom, fort bien défini dans le Grand Robert : « comportement observé chez les Esquimaux à la suite d’une vive émotion, consistant en diverses manifestations spectaculaires (agitation, dénudation, déambulation furieuse, bain de neige, imitation de cris d’animaux), sous forme d’une crise durant de une à deux heures. »

Au petit détail près de la durée, ce mot pour nos maux, c’est piblokto. Il va désormais devenir le plus utile de la langue française.

Inuit, non ?

Maudyz le Moine