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Dans une société gangrénée par l’individualisme forcené, l’ignorance voire le mépris de l’Autre, devrait demeurer un espace idéal, fantasmé, sanctuarisé où la solidarité et la compassion seraient les ferments de toute action et de tout comportement : l’hôpital.
Un monde où le Docteur est nécessairement un bon Docteur, l’infirmière un ange de miséricorde, et le malade, le si bien nommé patient.
En somme, une petite maison dans la prairie posée dans le monde idyllique des jouets.
Le rapport de M Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République, nous rappelle à l’âge adulte.
L’hôpital, ou devrait-on dire l’établissement de santé (pour éviter de jeter l’opprobre exclusivement sur le secteur public tant le terme hôpital renvoie aux établissements publics de santé), recèle possiblement autant de perversité, de débordements, de violences que tout autre organisation humaine.

On finit même par évoquer une maltraitance ordinaire, pourrait-on dire banalisée ?

Les atteintes aux personnes portent mille visages que le rapport tente de recenser :
– Attentes interminables des familles avant d’être conduites auprès de leurs proches hospitalisés ;
– Sentiment d’avoir été mal ou pas informé, ou rarement écouté ;
– Mépris social dans les modalités de délivrance de l’information ;
– Sentiment d’un désintérêt ou d’une attitude méprisante de la part du personnel soignant ;
– Patient abordé avec un ton et des paroles inappropriés voire humiliants ;
– Entraves et contraintes mises en place pour le confort …des professionnels ;
– Besoins primaires pas toujours respectés (soif, faim, sommeil…) ;
– Douleurs trop souvent minimisées, parfois ridiculisées…;
– Atteintes à l’intimité corporelle;
– Problèmes récurrents concernant le recueil de selles et des urines (couches imposées)…”
Derrière cet inventaire quelque peu aseptisé, on imagine aisément des drames quotidiens, l’épuisement des professionnels, des organisations générant du mal-être.
Surtout, derrière ce listing des malheurs ordinaires, se cache un abîme : la disparition de la personne derrière l’organe, le traitement, les protocoles de prise en charge, le geste technique.
Quelle réponse, puisqu’il faut bien une réponse ?
Répressive? Nombre de dispositions pénales permettent aujourd’hui de poursuivre les soignants dans les cas les plus graves, lorsque la maltraitance ordinaire conduit à l’irréparable, à l’inacceptable. Le suivi de ces dossiers douloureux nous apprend que très souvent des mécanismes de prévention mis en place au sein des établissements auraient pu éviter ces drames.
Pour le reste, une proposition de M DELEVOYE exposée à un journaliste de la Voix du Nord dans son édition du 15 janvier ne devrait pas cesser de nous tarauder ” Il est essentiel d’intégrer l’humain dans la formation universitaires des soignants.”
Est-ce insinuer que l’humain a disparu des formations? L’enseignement ne devrait-il pas avoir comme premier objectif d’apprendre à savoir-être avant même le savoir-faire ?
Ceci dit, la réponse ne pourra pas être exclusivement sémantique : la maltraitance ne mourra pas de la naissance du concept de bientraitance.
N’en déplaise aux détenteurs des solutions prêt-à-porter et aux pourfendeurs de la réflexion, la réponse sera multifactorielle et dépendra d’une analyse particulièrement fine de ce que recouvre la maltraitance.
C’est d’abord aux professionnels de s’emparer de cette réflexion.
Si l’hôpital n’est pas île enchantée, il devrait rester un lieu de protection tant pour les malades, déjà victimes de l’injustice de la vie, que pour les soignants qui, pour la plus grande majorité d’entre eux, ont gardé cette part d’altruisme qui nous fait à nous, pauvres mortels, si souvent défaut.