LE SÉNAT VA-T-IL CENSURER LA PSYCHANALYSE ?
Article rédigé le 19/11/2025 par Delphine Fayard, psychologue clinicienne.
Le Syndicat National des Psychologues a récemment lancé une alerte concernant l’amendement sénatorial (N°159 PLFSS) qui projette de supprimer dès le 1er janvier 2026 tout financement public des pratiques se réclamant de la psychanalyse, que ce soit en Centre Médico-Psychologique, en hôpital de jour, dans le cadre de Mon Soutien Psy, en exercice libéral, dans le secteur médico-social, etc. Cet amendement affecterait donc l’ensemble du secteur psychiatrique dont l’organisation est déjà fragilisée par des décennies de sous-investissements et de manque de personnel.
Depuis le 16 novembre, la pétition portée par le Syndicat National des Psychologues a déjà recueilli plus de 50 000 signatures, soulignant la très vive inquiétude quant aux possibles conséquences de cette amendement.
Cette attaque directe à la pluralité des approches, pourtant essentielle à l’exercice des psychologues, impacterait non seulement les structures de soin, mais nuirait aussi à la prise en charge de millions de patients. L’amendement dit devoir agir dans un contexte économique. Il risque surtout de provoquer des discontinuités de prise en charge, des interruptions de soins. Les psychologues, exerçant en institution comme en libéral, sont avant tout des cliniciens, diplômés de Master Universitaire donnant accès à un titre protégé, formés à la prise en charge et à l’écoute des patients. Les attaques visant la pluralité des approches pour le soin psychique ne sont pas nouvelles, en particulier celles ciblant l’approche psychanalytique. Or, comme le souligne le Syndicat des Psychologues dans son communiqué, l’élimination des thérapies d’orientation psychanalytique irait à l’encontre des résultats récents, solides et documentés de la recherche. C’est en effet la qualité de la relation thérapeutique qui est avant tout considérée comme le facteur prédictif majeur de l’efficacité d’une prise en charge, quelle que soit l’approche.
L’amendement, bien que se réclamant d’une approche scientifique, semble cependant ignorer ces résultats. Des études récentes et obéissant à des critères scientifiquement validés (méta-analyses notamment) montrent l’efficacité de la psychanalyse à court comme à long terme.
Nous ne pouvons que recommander la lecture de L’efficacité de la psychanalyse, Un siècle de controverses de Visentini (PUF, 2021), Evaluation clinique des psychothérapies psychanalytiques sous la direction de Brun, Roussillon et Attigui (Dunod, 2016), ainsi que l’article de Rabeyron, « L’évaluation et l’efficacité des psychothérapies psychanalytique et de la psychanalyse » (2021). Le chercheur y montre que les thérapies psychanalytiques sont efficaces sur le court comme sur le long terme et qu’il n’y a « aucune justification scientifique au fait de privilégier d’autres formes de psychothérapies ». Il se réfère à des articles publiés dans le British Journal of Psychiatry, dans The Lancet Psychiatry qui témoignent des résultats des psychothérapies d’approche psychanalytique et de la pertinence de ces modèles théoriques, notamment grâce aux travaux menés en neuropsychanalyse. Le chercheur souligne qu’il est nécessaire de prendre garde à « éviter le piège des discours fondés sur l’idéologie mensongère selon laquelle certaines thérapies evidence based seraient plus efficaces. Plusieurs pays européens comme la Grande-Bretagne et la Suède se sont laissé leurrer par les sirènes du positivisme et se trouvent aujourd’hui dans une situation difficile. Seulement 5 à 6 % des patients seront aidés par ces dispositifs fondés sur une vision managériale à court terme qui ne fera qu’augmenter la détresse psychologique de nos contemporains ».
Mais la question n’est pas tant de démontrer l’efficacité de la méthode psychanalytique que la défense de la singularité du patient, s’opposant à toute homogénéisation et protocolisation des pratiques. Il s’agit pour l’ensemble des psychologues cliniciens de ne pas céder à un clivage entre des orientations qui ne ferait que nuire à la prise en charge des patients.
« En matière de pathologie, le premier mot, historiquement parlant, et le dernier mot, logiquement parlant, revient à la clinique (…). On ne dicte pas scientifiquement des normes à la vie. »
Georges Canguilhem, Le normal et le pathologique (1966).

