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changer de syndicat en cours de mandat CSE
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Changer de syndicat en cours de mandat CSE : quelles conséquences ?

Article rédigé le 11/05/2026 par Me Marine Jacquet

 

À l’approche des élections professionnelles, certaines étapes ont d’ores et déjà été franchies, notamment la détermination de l’effectif dans l’établissement et des parts respectives de femmes et d’hommes.

Prochaine étape le 10 juin 2026 avec l’affichage des élections dans les établissements et notamment du nombre siège à pourvoir indiquant les parts de femmes et d’hommes.

L’automne 2026 s’annonce comme une période dense, mobilisant fortement les établissements de santé public autour de la mise en place des élections. Nous y consacrerons d’ailleurs prochainement un dossier spécial en mettant l’accent sur les points de vigilance et les risques contentieux.

En attendant, nous vous proposons de nous pencher sur la question suivante : Un représentant du personnel d’un établissement public de santé peut-il changer d’affiliation syndicale sans perdre son siège au comité social d’établissement ?

Plus précisément, un représentant du personnel élu au comité social d’établissement (CSE) d’un hôpital public décide, en cours de mandat, de quitter son organisation syndicale pour en rejoindre une autre. Conserve-t-il son siège ?

Cette question peut paraitre anodine, mais n’est pourtant pas évidente à trancher. Aucun texte ne la traite clairement.

 

 

L’absence de cadre règlementaire sur la question du changement d’affiliation

L’article R252-82 du code général de la fonction publique liste les cas dans lesquels un représentant peut être remplacé en cours de mandat :

« Un représentant du personnel d’un établissement mentionné à l’article Prévisualiser : L. 5L. 5 est remplacé lorsqu’en cours de mandat :

1° Il cesse définitivement d’exercer ses fonctions au sein de l’établissement ou du groupement de coopération sanitaire public de moyens ;

2° Il démissionne du mandat au titre duquel il a été élu ;

3° Il est frappé de l’une des causes d’inéligibilité prévues à l’article Prévisualiser : R. 211-40R. 211-40. (…) »

Le changement d’affiliation syndicale n’y figure pas. Il ne s’agit ni d’une démission de mandat, ni d’une démission de fonctions. Le représentant entend simplement militer sous une autre bannière — ce que le droit positif n’assimile à aucune des hypothèses énumérées.

Aucun texte de droit public ne règle donc explicitement la situation du représentant qui change de syndicat en cours de mandat au CSE hospitalier.

En l’absence de disposition spécifique et de jurisprudence publiée propre aux établissements de santé publics, il faut donc se tourner vers d’autres sources pour tenter de dégager un raisonnement applicable.

 

Ce que la jurisprudence sociale apporte

La Cour de cassation a eu l’occasion de se prononcer sur des questions proches en droit du travail, et ses solutions méritent attention, même si elles ne sont pas directement transposables.

Premier enseignement : le score électoral appartient au candidat, pas au syndicat.

La chambre sociale a jugé de manière constante que le seuil de représentativité de 10 % est un score personnel : l’élu qui change d’affiliation conserve le bénéfice des suffrages obtenus sous son ancienne étiquette. Il peut donc être désigné délégué syndical par son nouveau syndicat, à condition que celui-ci soit lui-même représentatif.

  • soc., 28 sept. 2011 n° 10-26.762 : Le score de 10 % est personnel au candidat : il lui reste acquis après changement d’affiliation.
  • soc., 8 janv. 2020 n° 19-11.397 : La désignation par le nouveau syndicat reste conditionnée à la représentativité de ce dernier, qui doit avoir participé aux dernières élections.
  • soc., 9 juill. 2014 n° 13-20.614 : Le changement d’affiliation d’un élu désigné au comité de groupe n’autorise pas le syndicat d’origine à mettre fin à son mandat en cours d’exercice.
  • soc., 17 avr. 2019 n° 17-17.986 : Solution identique pour le comité européen de groupe : le mandat se poursuit jusqu’à son terme, quelle que soit l’affiliation.

Second enseignement, lorsqu’un élu est désigné par son syndicat pour siéger au comité de groupe ou au comité européen, le changement d’affiliation n’autorise pas ce syndicat à mettre fin à son mandat avant son terme.

Ces décisions concernent des instances spécifiques du droit privé — comité de groupe, comité européen — et non le CSE hospitalier public. Mais la logique qui les sous-tend est suffisamment générale pour alimenter un raisonnement par analogie.

Le CSE des établissements publics de santé a, comme les instances concernées par cette jurisprudence, une durée de mandat fixe de quatre ans. Le représentant y exerce un mandat d’élu, non un simple rôle de mandataire révocable ad nutum par le syndicat.

Par conséquent, le changement d’affiliation syndicale ne devrait pas priver le représentant de son mandat au CSE. Le syndicat d’origine ne pourrait pas non plus s’en prévaloir pour demander son remplacement, hors les cas prévus par l’article R252-82 du code général de la fonction publique.

 

En pratique, ce qu’il est possible de retenir

En l’état du droit, un représentant du personnel au CSE qui change d’affiliation syndicale semble conserver son mandat jusqu’à son terme. Ni la démission du syndicat, ni l’adhésion à une nouvelle organisation, ne constituent une cause légale de cessation anticipée de mandat.

Il peut en revanche perdre les mandats spécifiques liés à sa désignation par l’organisation d’origine — représentant syndical, délégué syndical — qui relèvent d’une logique différente.

Marine JACQUET, avocate associée, exerce au sein du Cabinet HOUDART ET ASSOCIÉS depuis 2011.

Maître Jacquet se consacre plus particulièrement aux problématiques relatives aux ressources humaines au sein du Pôle social du cabinet, Pôle spécialisé en droit du travail, droit de la sécurité sociale, droit public et droit de la fonction publique.

Présentant une double compétence en droit du travail et en droit de la fonction publique, elle conseille quotidiennement depuis 7 ans  les établissements de santé privés comme publics, les établissements de l’assurance maladie, les acteurs du monde social, médico social et les professionnels de santé libéraux notamment sur la gestion de leurs personnels,  leurs projets et leur stratégie en s’efforçant de proposer des solutions innovantes.

Elle accompagne ces acteurs sur l’ensemble des différends auquel ils peuvent être confrontés avec leur personnel (à titre d’exemple, gestion d’accusation de situation d’harcèlement moral ou de discrimination syndicale, gestion en période de grève, gestion de l’inaptitude médicale, des carrières et contentieux y afférents, procédures disciplinaires ou de licenciement, indemnités chômage …etc).